Jardin en cours # épisode 14

Jardin en cours

Jardin en cours # épisode 14

Hériter d’une terre

Lorsque l’on « prend possession » d’un terrain, une démarche intéressante est de savoir quel a été son passif. Cela peut servir de guide mais surtout permettre de comprendre pourquoi le lieu est comme ça aujourd’hui.

L’idée est bien de se placer comme successeur d’autres utilisateurs des lieux. Cette recherche permet aussi d’évaluer depuis quand l’espace est à l’abandon et que s’y passait-il ?

A défaut de rencontrer les anciens propriétaires ou du moins les anciens usagers, un travail qui est facile à faire, est de consulter d’anciennes photos aériennes, qui sont disponibles gratuitement sur un site de l’IGN.

Plus le site est grand, plus facile sera la lecture des photos aériennes. Dans le cas de mon jardin, j’ai retenu quelques photos aériennes, qui m’ont donné des indications sur le passé du terrain.

Photo aérienne de 1969
Extrait d’une photo aérienne de 1969. Source IGN

La découverte de cette image m’a beaucoup surprise, car je n’avais pas imaginé une telle occupation spatiale du terrain. Comme pour mon jardin, on voit que toutes les parcelles alentour sont entretenues et cultivées.

Le jardin semblait largement cultiver en potager, et ce d’une manière intelligente, puisque les planches de culture étaient disposées perpendiculairement à la pente. Il apparaît également divisé en deux espaces de culture : parce qu’il y avait deux usagers? Ou parce que les cultures qui y étaient établies nécessitaient ce type d’organisation?

Je ne saurai répondre. Mais cet agencement me donne des indices sur les circulations qui avaient alors lieu : le mur Ouest semblait un cheminement (le long des vignes cultivées palissées), un autre chemin prenait place au centre, puis sur les bords.

Tout n’était pas cultivé: une zone boisée poussait au Sud-Est, et globalement le long du mur Sud. Le couvert végétal semblait plutôt dense, on ne peut savoir s’il était composé de fruitiers ou de végétaux spontanés.

La pointe Nord du jardin apparaissait occupée par des végétaux plus bas : peut-être des arbustes à petits fruits?

Un autre élément de la photo m’intrigue : il s’agit de la tâche blanche au Nord-Est : est-ce un espace ensablé? Gravillonné?

En tout cas, sur cette photo, pas de trace des vieux pruniers que nous avons abattu : leur plantation est donc postérieure à cette image.

Photo aérienne de 1977
Photo aérienne de 1977. Source IGN

Sur cette photo, à infrarouge, on note une régression des plantations arborées au Sud-Est.

Les haies d’aubépines à l’Est et au Nord-Ouest semblent déjà en place.

Le laurier aussi! En tout cas, l’arbre présent sur la photo est à l’emplacement exact du laurier aujourd’hui.

Il semble que les potagers soient toujours entretenus.

Toujours aucune trace, presque 10 ans après la photo précédente, des fruitiers.

Photo aérienne de 1986
Photo aérienne de 1986. Source IGN

Cet extrait de la photo aérienne de 1986 est de moins bonne qualité que les précédents, cependant, il nous donne encore des indices sur l’évolution du jardin.

Les potagers existent toujours, mais ils semblent moins étendus qu’auparavant, puisqu’on les voit concentrés sur la partie Sud basse du terrain, tandis qu’au Nord, pas de cultures ordonnées identifiables.

Cette photo a été prise au printemps, et on voit les floraisons des fruitiers à l’Est : ils sont à l’emplacement des vieux pruniers qui ont été abattus. Ceux-ci ont donc été plantés entre 1977 et 1986.

La cépée d’érable est aussi là, tandis que la partie boisée le long du mur Sud régresse.

Photo aérienne de 1991
Photo aérienne de 1991. Source IGN

La qualité de la photo est encore moins bonne que la précédente, néanmoins, il semble clair sur cette image que la culture des potagers a été abandonnée. Cela a donc eut lieu moins de 5 ans après la photo précédente.

Les potagers ont donc disparu à la fin des années 80.

Les arbres ont quant à eux pris leur essor sur la frange Est et Sud-Est.

Le terrain semble malgré tout encore entretenu, car on ne voit pas de végétation spontanée colonisée son centre.

Photo aérienne de 2000
Photo aérienne de 2000. Source IGN

Cette photo est peu lisible étant donné l’échelle de la prise de vue, mais elle permet de confirmer les tendances observées sur l’image précédente : le terrain n’est plus cultivé.

On note que le noyer du terrain voisin est déjà implanté : son ombre portée est lisible.

Les images aériennes suivantes sont encore plus illisibles, aussi je ne les ai pas mises ici.

Sur celle de 2003, on observe la présence du tilleul, qui doit donc déjà faire 2 ou 3 m de haut, on peut imaginer qu’il s’est planté au jardin à la fin des années 90. Il a donc aujourd’hui une vingtaine d’années!

En 2003, on voit toujours les pruniers à l’Est, et le terrain n’est pour le coup plus du tout entretenu.

Héritage

Il semble donc que j’ai hérité d’un terrain abandonné depuis presque une vingtaine d’années. Cette temporalité est déjà importante, aussi je m’étonne que le jardin ne se soit pas boisé plus fortement.

Peut-être cela s’explique-t-il par la médiocre qualité agricole du sol, lequel ne peut porter qu’une végétation chétive? Si cette hypothèse est la bonne, cela est de mauvaise augure pour les potentielles plantations que je pourrai faire! 🙁

Une autre hypothèse est celle des lapins. En effet, sur les rejets de pruniers et autres cerisiers aigres, on voit des dégâts sur les troncs : les lapins ont grignoté ceux-ci, ce qui leur a laissé de vilaines cicatrices. Il est possible que le grand nombre de lapins ait exercé une pression sur le milieu limitant l’essor de la friche arborée. Même si, lorsque j’ai récupéré le terrain, il était au 3/4 couvert de friche armée, peu de grands arbres ont finalement émergé, mis à part le tilleul.

Dans tous les cas, cette petite étude historique m’a permis de savoir que le terrain était cultivé en potager, et non en verger comme je l’avais supposé.

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