L’économie expliquée aux humains

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L’économie expliquée aux humains

d’Emmanuel Delannoy, préface d’Hubert Reeves, éditions Wild Project, collection « Sur le vif »

C’est un petit livre délicieux, qui, par le truchement d’un coléoptère ‘Cerambyx cerdo‘ nous entraîne dans les méandres déraisonnables de notre modèle économique. Le ton est léger, mais le message et les observations qui y sont faites n’en sont pas moins pleines de bon sens et de vérité.

Cerambyx cerdo est venu adresser un message aux humains, sur la vision que les « non-humains » ont de notre façon de fonctionner et de notre société. Et il a beaucoup à (re)dire.

On y parle, entre autre, d’économie et d’écologie. L’auteur, Emmanuel Delannoy, qui a recueilli les propos de l’insecte, nous conduit à regarder les fonctionnements de la Nature et ceux, souvent à contre-courant, des humains.

Chaque chapitre, court, met en avant une facette de notre monde, de manière simple, accessible et didactique.

Une histoire de frelons

Le chapitre 6 m’a particulièrement plu : « Il en dit long, le frelon ».

Il y est question de ce fameux frelon asiatique, dont on parle à corps et à cris comme l’Ennemi des abeilles (ce qui permet évidemment de continuer à mettre sous le tapis les questions des insecticides massivement utilisés en agriculture conventionnelle). Par ailleurs cette histoire de frelons, est une illustration de notre peur de l’étranger, qui est ici imagée par le biais des insectes. Peur que l’on ne cesse de nous seriner à longueur de flashs d’informations quand on parle de la « crise des migrants ». D’ailleurs, à écouter toutes ces « informations », on finirait bien par se persuader que l’on vit dans un monde en crise (où le salut n’existerait pas) : un conseil, fuyez les infos et regarder la nature, cela vous apportera une vraie dose d’optimisme!!

Toute cette histoire de frelons en dit long sur vous ; de cette parabole entomologique, il y aurait bien des enseignements à tirer de vos économies et sociétés.

Le premier est que, même si c’est difficile à admettre, vous préférez souvent vous rassurer en trouvant une cause simple, un coupable désigné, plutôt que de regarder en face la complexité du monde réel. Il est plus facile, au hasard, de dénoncer l’immigration qui provoquerait le chômage, plutôt que de rechercher les causes profondes et structurelles des désordres économiques auxquels vous êtes aujourd’hui confrontés. Ou, toujours au hasard, de chercher une cause « naturelle » au changement climatique, par exemple l’activité du soleil ou celle des volcans, plutôt que de regarder en face votre responsabilité sur ce phénomène, et d’engager en conséquence les nécessaires changements de modèles énergétiques et agricoles.

Le second est que, si les abeilles domestiques sont aussi vulnérables, c’est qu’à force de sélection, et donc de consanguinité, elles en sont venues à perdre une bonne partie de leur capacité de résistance naturelle. Dans le cas du frelon, il semble qu’elles soient en voie, comme l’ont fait avant elles leurs cousines asiatiques, de trouver la parade. Comme quoi, en faisant un peu plus confiance à la nature, en laissant la diversité et l’évolution agir, la biosphère a encore quelques réserves de résilience, dont vous n’êtes ni les derniers ni les moindres à profiter.

Un livre à mettre entre toutes les mains, surtout celles des plus grincheux!!

Je vous incite à regarder de plus près le catalogue des éditions Wild Project, qui édite de très intéressants livres sur les questions d’écologie et de société, entre autre!

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