L’art d’être libre dans un monde absurde

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L’art d’être libre dans un monde absurde

L’art d’être libre dans un monde absurde de Tom Hodgkinson, préface de Pierre Rabhi éditions les Liens qui Libèrent

C’est un livre assez délicieux à lire, car drôle et réjouissant ! Chaque chapitre nous entraîne dans une autre façon de voir la société qui nous entoure et de contourner, contrer ou s’adapter aux problèmes ou aliénations qu’elle nous crée ou provoque. C’est un ouvrage qui invite à entrer en résistance face à bon nombre d’absurdités produites par notre monde contemporain, aussi n’est-ce peut-être pas un hasard si celui-ci est préfacé par Pierre Rabhi

Le problème c’est la solution

Cet écrit pourrait faire sien ce principe permaculturel : « Le problème c’est la solution ».

Chaque titre de chapitre illustre cette maxime, jugez plutôt : « Bannissez l’anxiété, soyez insouciant », ou « Vivez sans emprunts, soyez un joyeux nomade », ou encore « Refusez le gaspillage, soyez frugal ».

Je trouve plaisant de lire un discours optimiste et joyeux sur d’autres façons d’aborder les choses. Bien sûr, cela pourrait souvent paraître irréaliste, ou encore impossible mais… pourquoi ? Ou plutôt, pourquoi pas ?

L’auteur parle beaucoup de la société du Moyen-Age, qui passe à ses yeux comme plus juste entre ses citoyens. Les différences entre caste semblaient à l’époque moins creusées et il existait des guildes pour chaque profession, qui étaient présentes pour les uns et les autres en cas de coup dur. Cela en faisait une société plus égalitaire, aux yeux de monsieur Hodgkinson et d’autres historiens cités dans son livre.

Car sous ces abords plein d’humour, ces pages dressent en filigrane un portrait réaliste (à mes yeux) des affres de notre société, en proposant des solutions qui nous rapprocheraient de la « Sobriété heureuse » chère à Pierre Rabhi. L’auteur étaye son propos de multiples références, tantôt littéraires, tantôt cinématographiques ou d’exemples liés à son expérience personnelle.

Évidemment, ces propositions pourraient être bien trop anarchistes ou politiques pour être audibles à certains mais, dans le fond… Pourquoi pas ?

Dans quel monde on vit?

J’ai, pour ma part, trouvé fort à propos cette citation faite par l’auteur de Schumacher, issue de Good work :

Force est donc de constater que la société industrielle d’aujourd’hui présente partout la caractéristique perverse de flatter sans cesse la cupidité, l’envie et l’avarice ; […] mécanique, artificielle, ayant divorcé d’avec la nature, elle condamne l’immense majorité des travailleurs à passer leur vie de travail en n’utilisant qu’une part infime de leurs capacités, sans rencontrer jamais le moindre stimulant au perfectionnement, la moindre chance de progrès, une once de Beauté, de Vérité ou de Bonté. […] Je dis donc que l’un des grands méfaits de la société industrielle – peut-être le pire – est, par l’extrême complication de sa nature, d’imposer aux hommes une fatigue nerveuse inutile et de requérir une part beaucoup trop importante de leur attention.

Ces propos illustrent bien le non-sens dans lequel nous pouvons être plongés parfois quotidiennement : travailler pour entretenir un train de vie qui nous permettra d’avoir l’impression d’être libre en… consommant.

Ce n’est pas par hasard, si l’auteur nous incite, aux détours de ses pages à nous remettre à cultiver la terre et assurer une partie de la production de ce que nous mangeons : c’est une vraie forme de liberté ! Et une autre illustration d’un principe permacole : « Obtenir une production »

Permaculture et jardinage

L’auteur évoque aussi plusieurs fois le mouvement de la permaculture. Dans le chapitre « Quittez la ville »,  il en donne une définition :

Cette approche de la vie est née en Australie grâce à un homme nommé Bill Mollison. L’idée est d’échafauder des systèmes qui n’exploitent pas la terre ou les peuples, en harmonie avec la nature, s’accordant avec la vie et votre environnement de tous les jours, et exigeant peu de travail pénible. La permaculture est l’oisiveté en acte. […] L’autre aspect très attrayant de cette philosophie est qu’elle privilégie la réflexion sur l’action : après la création du système, la parcelle en permaculture, très productive, aura besoin de peu d’entretien. La permaculture exclut le travail de force, parce que ce dernier signifie une intervention excessive sur la nature. Ainsi, cette approche est idéale pour les oisifs et je vous la recommande vivement.

La phrase conclusive de ce chapitre est d’ailleurs : « Louez une parcelle de jardin »

Tom Hodgkinson nous raconte aussi son « retour à la terre » :

Au jardin, le travail minimal est en vogue. Il consiste à mulcher le sol, c’est-à-dire à le recouvrir avec une matière organique riche plutôt que de retourner laborieusement la terre chaque année. En travaillant moins, on laisse la nature se débrouiller avec le moins d’intervention humaine possible. C’est la même chose pour votre esprit : il faut le mulcher avec des ingrédients de qualité : livres, nourriture, beauté, et il deviendra fertile et produire des choses utiles et belles. Mulcher l’esprit réclame moins de travail que de le labourer en profondeur. Le labour peut être néfaste car il ramène des graines d’adventices qui seraient restées dormantes. Ces graines fermeront et produiront à leur tour leur lot de travail inutile.

Temps libre?

Dans ce livre, c’est un autre art de vivre qui nous est esquissé par l’auteur, un art de vivre qui nous permettrait d’être vraiment plus libres !

Ivan Illich avait calculé que si vous additionnez le temps passé en voiture au temps passé à gagner de l’argent pour acheter de l’essence et assurer l’entretien du véhicule et si vous divisiez par le nombre de kilomètres parcourus, alors votre vitesse moyenne est d’environ huit kilomètres par heure. Le vélo est plus rapide. La vitesse, paradoxalement, consomme notre temps libre.

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